Tuesday, 13 March 2018

Vingt leçons de tango : Quatrième partie : La musicalité est tout

La musique est la raison d'être de la danse, et en danse de couple
c'est aussi un important outil de synchronisation.

Traduit par François Camus
Lire le texte original en anglais ici

Pour souligner ma 20e année à danser le tango, j’ai retenu 20 choses que j'ai apprises dans, à travers, ou au sujet de cette danse merveilleuse et sa musique captivante. Voici ma prochaine « leçon ».

Leçon No. 4 : La musicalité est tout
La musicalité pourrait bien être mon sujet préféré. C’est certainement la qualité que je préfère chez un danseur… bien, peut-être à égalité pour la première place avec une bonne étreinte. Donnez-moi une belle étreinte et une excellente connexion à la musique et je suis une danseuse heureuse.

Si seulement je pouvais convaincre les débutants de ça dès leur début : les grands mouvements impressionnants ne font pas un grand danseur. La musicalité par contre…

La musicalité est probablement l’aspect du tango qui est le plus sous-estimé par les danseurs débutants et intermédiaires. Dès le premier jour, presque chaque guideur désire apprendre des pas, des pas, des pas, et des mouvements, des mouvements, des mouvements. Bien sûr les séquences originales et complexes peuvent être amusantes, mais elles ne sont rien si elles ne sont pas exécutées en harmonie avec la musique. Mieux vaut exécuter quelque chose de simple en parfaite synchronisation avec le rythme que quelque chose d’apparence complexe en traitant la musique comme un simple bruit de fond.

Je pense que le même phénomène se produit dans toutes les danses sociales. Récemment, je suis allée dans un club de salsa pour la première fois en plus de dix ans. J’ai trouvé que les danseurs sont concentrés sur les mouvements plus que jamais. Ils vous tournent comme ceci et comme ça, exécutant série après série de séquences complexes, faisant rarement une pause pour seulement danser. Pour simplement ressentir et bouger sur la musique. En tango, comme en salsa, les séquences complexes et les mouvements difficiles peuvent être amusants et satisfaisants lorsqu’ils sont bien exécutés, mais ils doivent être intercalés de danse simple, et si le mouvement n’est pas bien exécuté, si l’un des partenaires n’est pas sur la musique, c’est déroutant pour l’autre et, franchement, à peine amusant du tout.

Pour la guidée, cela signifie que vous recevez constamment deux messages contradictoires – l’un de votre partenaire et l’autre de la musique – et vous avez constamment à choisir lequel des deux vous allez suivre. Une fois, une femme m’a confiée que lorsqu’elle est dans une telle situation elle se sent comme si son cerveau allait exploser – et je me sens comme ça aussi.

La musique est pas mal la raison d’être de la danse. C’est pourquoi nous dansons différemment sur différents types de musiques.

Alors pourquoi, oh pourquoi, tant de danseurs de tango pensent à la musicalité après-coup?

Je crois qu’il y a deux raisons à cela :

Premièrement, il n’y a pas de pas de base en tango. Dans la plupart des danses sociales il y a un pas de base qui correspond à un motif rythmique spécifique et qui s’intègre clairement dans une phrase musicale. Pour utiliser une fois de plus la salsa comme exemple, vous avez trois pas, une pause, puis trois autres pas et une pause, le tout correspondant parfaitement dans une phrase de huit temps. Conséquemment, le pas de base est enseigné de cette façon : comme un motif qui commence et arrête à temps avec chaque phrase musicale. En tango, il n’y a pas vraiment de pas de base à part la marche, alors vous n’êtes pas obligés de commencer la séquence sur "1" ou de finir sur "8". Même si nous utilisons certaines séquences dans notre vocabulaire – et certaines d’entre elles peuvent même être composées d’exactement huit pas ou actions – nous pouvons en changer le motif rythmique en faisant une pause pour un temps ou deux ou danser en double-temps, changeant ainsi le moment dans la musique où nous complétons notre figure. Ajoutez à cela l’imprévisibilité des réponses de notre partenaire et du trafic sur le plancher de danse, il devient alors impossible d’imposer une séquence quelconque avec un nombre spécifique de pas ou un nombre de temps musicaux.

Deuxièmement, la musique de tango est constituée de plusieurs couches musicales et il y a plusieurs manières de l’interpréter et de jouer avec. Il est donc difficile pour les professeurs de tango d’imposer une structure musicale à leurs élèves, parce que plusieurs autres structures musicales pourraient fonctionner tout aussi bien : vite, vite, lent versus lent, lent, lent ou lent, vite, vite, sans mentionner l’ajout de pauses ou les syncopes… Je crois tout de même qu’au début, les enseignants doivent choisir un motif et l’imposer, comme exercice de conscientisation et de discipline. Nous devons apprendre aux étudiants à s’efforcer de danser sur la musique, et à rester constamment sur le rythme. Tout simplement parce que plusieurs ne le font pas. Ils se disent qu’ils vont d’abord se préoccuper des pas et s’occuper plus tard de suivre la musique. Mais souvent, ce « plus tard » ne vient jamais vraiment. Ils deviennent tellement habitués à danser au battement de leur propre tambour – ou ils l’ignorent complètement – qu’ils n’apprennent jamais à se laisser guider et inspirer par la musique qui joue.

Il y a différents niveaux de musicalité pour les danseurs:

• Le rythme. C’est l’unité de base qui mesure le temps dans la musique. C’est sur le rythme que vous tapez du pied ou tapez dans vos mains, et au tango c’est le rythme de base sur lequel vous marchez. Une simple marche suit le rythme régulier fort, ou accentué, de la musique. Le rythme, el compás en espagnol, est comme un métronome toujours présent; c’est le temps constant et régulier que tous les musiciens maintiennent, même lorsque leurs mélodies accélèrent, ralentissent ou font une pause. Comme la pulsation cardiaque, ce rythme, aussi appelé une pulsation, est toujours présent, que vous l’entendiez ou non et sans égard à ce qui se passe d’autre dans la musique. Dans plusieurs autres types de musiques le rythme est souvent marqué par la batterie ou autre instrument à percussion, mais c’est rarement le cas en tango argentin. Divers instruments peuvent marquer le rythme à divers moments, raison pour laquelle il est si difficile pour certaines personnes d’entendre ou de ressentir le rythme du tango à leurs débuts. C’est un défi pour certains mais c’est essentiel pour tous. Vous ne pouvez pas être sur la musique si vous ne pouvez pas trouver le rythme, alors trouvez-le et efforcez-vous de le suivre avant d’aller vers d’autres possibilités. Certaines personnes pensent que c’est ennuyeux d’enseigner aux gens de danser sur le rythme et que nous devrions leur enseigner immédiatement à danser sur la mélodie. Je suis en désaccord. Au cours de toutes ces années de danse et d’enseignement, j’ai vu trop de danseurs qui ont de la difficulté à entendre le rythme de façon constante et encore plus à danser sur le rythme. Alors je pense qu’il est important d’enseigner ce concept de base en premier. Si vous êtes sur le temps, vous ne serez pas dans l’erreur, bien que vous allez éventuellement vouloir rendre les choses plus intéressantes en jouant avec…

• Pauses et double-temps. En termes de variations sur le rythme, les pauses viendront en premier puisque souvent vous n’aurez d’autre choix que d’arrêter de bouger pour un temps ou deux afin de vous ressaisir, laisser votre partenaire se ressaisir, ou gérer le trafic toujours imprévisible du plancher de danse. Assurez-vous de faire une pause pour un, deux ou trois temps –non pas pour une durée de temps aléatoire qui ne tient pas compte de la musique. Faites une pause sur un temps et repartez sur un temps. Danser en double-temps, parfois appelé traspie (spécialement en milonga) ou contretemps, signifie danser deux fois plus vite ou, en d’autres mots, faire trois pas en deux temps musicaux. C’est ici que les choses deviennent intéressantes… et, bien sûr, plus exigeantes. Rappelez-vous que, si vous ne pouvez pas tenir le temps, vous ne pourrez pas gérer le double-temps.

• Syncopes, phrase musicale et mélodie. Ce sont des concepts plus complexes. Pour un danseur de haut niveau ils sont incroyablement amusants, parce que vous pouvez devenir incroyablement créatifs, mais ils sont aussi assez difficiles. Bien des danseurs ne parviennent jamais au point où ils peuvent utiliser ces éléments, et vous devez absolument maîtriser  pleinement les concepts précédents avant même de tenter d’aller plus loin.

  • Syncope signifie placer un accent rythmique à un endroit où il ne se produirait normalement pas; elle serait généralement exécutée au moment où les musiciens la font, alors vous avez besoin de l’entendre, faire en sorte que vos pieds la marque et que votre partenaire la ressente, le tout en l’espace d’une fraction de temps.
  • La phrase musicale est la manière dont la musique est structurée. En tango, les phrases musicales sont habituellement d’une durée de 8 ou 16 temps. En tango il n’est pas nécessaire de commencer sur le "1" comme on le fait dans les autres danses, mais la musique change entre les phrases. Alors si vous êtes conscient de la phrase musicale et des changements, vous pouvez changer la qualité de votre danse à ces moments là, étant ainsi connecté plus étroitement à la musique et plus expressif. 
  • Danser sur la mélodie peut être accompli en marquant les séquences rythmiques complexes de l’un des instruments autant qu’en dansant l’émotion (le ressenti) de la musique. C’est ce qui nous fait ou devrait nous faire danser différemment au son de divers orchestres. En définitive, différents styles de musiques invitent différents styles de danse. Dès le jeune âge de mes enfants, j’ai observé que je pouvais faire jouer n’importe quel genre de musique et qu’ils bougeaient instinctivement d’une manière qui ressemble étroitement aux danses qui sont associées à chaque genre : country, swing, hip hop, classique… même s’ils n’avaient jamais entendu ce type de musique ou vu ce type de danse. Chaque style de musique évoque automatiquement une sensation différente et une façon particulière de l’exprimer physiquement. Si on étend ce concept au tango, cela signifie que la sensation  et la qualité de notre danse devrait changer à chaque tanda, chaque style, chaque orchestre. Évidemment la valse devrait être dansée différemment de la milonga, laquelle devrait  à son tour être dansée différemment du tango, mais dans chacun de ces styles, chaque orchestre devrait aussi être dansé différemment. Si vous ne bougeriez pas de la même façon sur du Tchaïkovski que sur du Eminem, danseriez-vous un D’Arienzo rythmé des années 1930 de la même façon qu’un Pugliese dramatique des années '50?

Alors, qu’en est-il du rôle de la guidée dans tout ceci? Il y a une idée erronée à l’effet que la musicalité est surtout la tâche du guideur. Mais non, comme tout en tango, ça devrait être 50/50.

D’une part, c’est la musique qui inspirera les embellissements de la guidée. Pourquoi est-ce que je choisis de taper du pied plutôt que de faire un lápiz? Une série de petits pas enjoués plutôt  qu’une lente caresse sur la jambe de mon partenaire? La musique, bien sûr!

D’autre part, c’est parfois ma tâche de garder le rythme. À titre d’exemple, si mon partenaire me guide dans un tour pendant qu’il pivote sur un pied tout en embellissant avec des enrosques difficiles, c’est à moi de marquer la musique avec mes pas, de l’aider à tourner, à conserver son équilibre et à savoir facilement où je suis afin qu’il puisse terminer le tour juste au bon moment.

La musique joue un autre rôle très important dans les danses de couple : c’est un outil de synchronisation. Si mon partenaire et moi dansons sur la même musique, nous danserons plus facilement en synchronisation l’un avec l’autre. Quand on parle d’aller au-delà du rythme pour danser en double-temps, pour syncoper ou pour explorer d’autres couches de rythme et de mélodie, il est essentiel que la guidée soit en harmonie avec la musique autant que le guideur. À titre d’exemple, quand mon guideur souhaite que je danse en double-temps, il me donne une indication d’aller plus vite, mais qu’est-ce qui me dit exactement à quelle vitesse je dois aller? La musique! Mon guideur ne place pas mon pied sur le plancher. Je le fais, et je le fais sur la musique. Et s’il souhaite que je fasse une syncope ou que je marque un autre motif mélodique complexe? C’est impossible si je ne l’entends pas moi-même dans la musique.

Si tout cela semble intimidant, rappelez-vous ceci : commencez par les éléments de base, ou le rythme, et vous ne vous tromperez pas. Petit à petit, au fur et à mesure que vous commencez à maîtriser un concept, vous pouvez essayer le suivant. Alors, peut-être qu’un jour vous aussi, vous incarnerez la musique, utilisant votre propre corps comme l’un des instruments de l’orchestre, restant constamment sur le rythme et remplissant les espaces entre les temps de mélodies pleines de créativité, d’émotion et de suspense.

La musicalité pourrait bien être l’élément le plus important de votre danse. Mais encore, vous avez besoin de pas.

Prochain article : Leçon no 5 : Mais vous avez besoin d’apprendre des pas


Monday, 26 February 2018

Vingt leçons de tango : Troisième partie : L’importance de la posture

Traduit par François Camus
Lire le texte original en anglais ici

Pour souligner ma 20e année à danser le tango, j’ai retenu 20 leçons que j’ai apprises au cours des 20 dernières années dans, à travers, ou au sujet de cette danse à la fois simple et complexe. Voici ma troisième « leçon ».

Leçon No. 3 : La posture est tout. Je l’admets, je suis pas mal obsédée par la posture. Étant une enseignante de tango et étant récemment devenue une enseignante de yoga, j’ajuste la posture (la mienne et celle des autres), j’observe la posture, j’étudie la posture et je pense à la posture tous les jours.

Vous n’avez pas à être aussi préoccupé par la posture que je le suis, mais avouons-le, si votre posture est mauvaise, votre étreinte en souffrira. Et si votre étreinte est mauvaise, votre connexion en souffrira. Et sans bonne connexion, qu’est le tango?

Pourquoi ne peut-on pas avoir une bonne étreinte sans une bonne posture? Eh bien, tout comme les bras sont liés au reste de notre corps, l’étreinte est liée à notre maintien. Et lorsqu’on dit "étreindre", on pense spécifiquement à nos bras et à nos mains, mais nous étreignons vraiment notre partenaire avec notre corps tout entier: mains, bras, épaules, dos, poitrine, tête – même la position de nos hanches, de nos jambes et de nos pieds contribuent à la façon dont nous tenons notre partenaire. Si votre tête est tenue trop vers l’avant, par exemple, elle peut pousser inconfortablement contre la tête de votre partenaire, provoquant des douleurs dans son cou ou un déséquilibre affectant en retour la façon dont il/elle nous tient. Si le haut de votre dos est arrondi et que vos épaules sont vers l’avant, votre poitrine va s’affaisser et votre partenaire sentira que vous vous retenez ou que vous le/la repoussez plutôt que de l’inviter vers vous.

Une bonne posture constitue une grande part d’une bonne technique, elle nous libère pour danser avec aisance et pour tenir nos partenaires confortablement. Alors, qu’est-ce qu’une bonne posture?

La posture réfère à la position dans laquelle vous tenez votre corps en position debout. Une bonne posture implique d’entraîner votre corps à se tenir debout, à marcher, à s’asseoir, à se coucher et, bien sûr, à danser dans des positions où le moins de tension est exercée sur les muscles et ligaments de soutien pendant les mouvements ou les activités dans lesquelles on doit supporter un poids.

La posture et l’alignement vont de pair et un bon alignement est essentiel au maintien d'une bonne posture. Alors examinons ce qui constitue un bon ou un sain alignement.

Illustration d'un bon alignement.
L’alignement fait référence à la façon dont la tête, les épaules, la colonne vertébrale, les hanches, les genoux et les chevilles s’enlignent les uns par rapport aux autres. Quand les professeurs de danse parlent de "l’axe" et de "garder son axe," ils parlent en fait de maintenir un bon alignement. Un bon alignement du corps vous aide à établir et à maintenir une bonne posture, laquelle sera excellente pour danser le tango aussi bien que pour votre vie en général, parce qu’il y aura moins de tension sur la colonne vertébrale. Quatre points principaux devraient être alignés quand on se tient debout. Partant du sol et allant vers le haut, ce sont:
la malléole latérale, ou le petit os que l’on a sur le côté extérieur de la cheville
le grand trochanter, ou le côté extérieur de la tête supérieure du fémur (l’os de la cuisse), située à l'articulation de la hanche.
l’acromion, ou le petit os situé sur le dessus de l’épaule
le méat auditif, ou trou de l’oreille

Maintenir l’alignement de ces points maintient la courbe en S naturelle de la colonne vertébrale. Vu de côté, les parties cervicale (supérieure) et lombaire (inférieure) ont une lordose, ou courbure vers l’intérieur, tandis que la partie thoracique a une cyphose, ou légère courbure vers l’extérieur. Les courbes de la colonne vertébrale fonctionnent comme un ressort hélicoïdal pour absorber les chocs, maintenir l’équilibre et faciliter l’amplitude des mouvements.

Exemple commun d'un 
mauvais alignement. 
Le cocxyx est rentré,  
rendant le centre 
de gravité et la 
tête trop vers l'avant. 
Ceci change les courbes 
naturelles du dos.
En tango, comme dans la vie quotidienne, il peut être difficile de maintenir une bonne posture et un bon alignement, spécialement si c’est nouveau pour nous.

Souvent les gens rentrent le coccyx, relâchant les muscles du bas du dos, aplatissant le creux lombaire et déplaçant le centre de gravité vers les orteils plutôt que de le conserver au-dessus de l’os du talon (lequel est le plus gros os du pied et conçu pour nous soutenir). Rentrer le pelvis crée de la tension sur les pieds, les genoux et la colonne vertébrale, ce qui est particulièrement problématique en tango parce que cela signifie que le pelvis, les jambes et les pieds se situent plus en avant que le haut du corps et vous serez porté à frapper les genoux de votre partenaire ou même à lui marcher sur les orteils (ou de vous faire marcher sur les orteils).

Plusieurs personnes tiennent aussi leur tête trop en avant, projetant le menton en avant (ce qui comprime les vertèbres cervicales) ou, comme c’est souvent le cas en tango, inclinant la tête vers l’avant, regardant vers le bas.

Garder la tête vers l’arrière en gardant le menton parallèle au sol et plaçant la tête au-dessus de la colonne vertébrale allonge la colonne cervicale tout en maintenant sa courbe naturelle. Cette position vous aidera à maintenir votre équilibre en dansant et vous empêchera de pousser votre tête ou votre visage contre celle de votre partenaire d’une manière invasive ou inconfortable.

La bonne nouvelle est que si on se pratique régulièrement à avoir une bonne posture et un bon alignement, on renforce progressivement les muscles requis tout en développant de nouvelles habitudes saines. Vient un jour où on réalise qu’on se tient correctement la plupart du temps, et même que la sensation est naturelle!

Une grande part du défi, une fois qu’on a trouvé le bon alignement, est de maintenir ces points alignés pendant qu’on est en mouvement. En tango, nous avons le défi additionnel d’avoir à maintenir notre alignement tout en bougeant et en tenant une autre personne. Que puis-je dire d’autre que la pratique rend parfait? La posture et l’alignement ne sont pas des choses à pratiquer une heure ou deux pendant un cours de tango. Ils doivent être pratiqués aussi souvent que possible pendant vos activités quotidiennes: assis à votre bureau, marchant sur la rue, attendant l’autobus, brossant vos dents et, bien entendu, en dansant.

Parlant de maintenir votre alignement tout en dansant avec une autre personne, je dis toujours à mes élèves de tango de ne pas sacrifier leur posture pour rien, ni personne. Cela signifie que vous ne vous contorsionnez pas pour exécuter un gancho mal placé et vous ne dansez pas courbé parce que vous êtes plus grand(e) que votre partenaire. Aussi, vous ne vous inclinez pas pour maintenir une étreinte rapprochée; si vous ou votre partenaire ne pouvez pas exécuter un mouvement en vous tenant droit dans une étreinte rapprochée, ouvrez l’étreinte ou n’exécutez pas le mouvement; ne sacrifiez pas votre posture.

Parlant d’étreinte rapprochée, il y a de légers sacrifices à faire dans l’alignement quand on danse dans un abrazo rapproché, style milonguero. Et quand je dis léger, j’insiste. Parce qu’on recherche une connexion physique entre notre torse et celui de notre partenaire, notre cage thoracique peut être légèrement en avant par rapport à notre pelvis. Toutefois, si on s’assure de maintenir nos hanches au-dessus de nos talons et qu’on n’avance pas notre tête, l’ajustement du haut du corps pour rejoindre notre partenaire sera minime, et devrait se réajuster automatiquement aussitôt qu’on relâche l’étreinte rapprochée. Si le guideur garde ses hanches au-dessus de ses talons, il ne devrait pas du tout s’incliner vers l’avant pour créer une étreinte rapprochée. C’est à la guidée de s’avancer pour trouver la connexion avec le guideur. Mais encore, si le bas de son corps est positionné correctement, l’ajustement à faire sera minime. Aussi, tout déplacement du torse vers l’avant devrait être accompagné d’un étirement du torse vers le haut, ce qui allongera la colonne vertébrale et nous empêchera de nous incliner d’une façon inconfortable et malsaine.

Bien sûr, tout ce travail sur la posture et l’alignement vous aidera à vous maintenir dans la vie avec moins de douleurs au dos et une meilleure santé. Améliorer votre posture et l’alignement pour le tango aura des bienfaits au-delà du plancher de danse.

La posture pourrait bien être l’élément le plus important de notre danse.

Mais encore, la musicalité est aussi super-importante.

Prochain article : Leçon no 4 : La musicalité est tout

Article précédent : Leçon no 2 : L’étreinte est tout

Tuesday, 13 February 2018

Vingt leçons de tango : Deuxième partie : L’étreinte est tout

L'abrazo devrait inclure tous les éléments d'un bon câlin, y compris la sincérité.

Traduit par François Camus
Lire le texte original en anglais ici

Pour souligner ma 20e année à danser le tango, j’ai retenu 20 leçons que j’ai apprises au cours des 20 dernières années dans, à travers, ou au sujet de cette danse complexe, élégante et passionnée. Voici ma deuxième « leçon ».

Leçon No. 2 : L’étreinte est tout. La première chose qu’on ressent quand on se rencontre sur la piste de danse pour une tanda, c’est l’étreinte ou l’abrazo. Dès ces premiers instants où l’on enlace et qu’on se fait enlacer par un/e partenaire, on découvre beaucoup de choses au sujet de cette personne en tant que danseur (et aussi comme personne, mais c’est un sujet pour un autre article) : s’il ou elle est confiant ou anxieux, contrôlant ou attentionné, intense ou réservé, concentré sur les pas ou sur la connexion. On peut ressentir le niveau d’habileté globale de notre partenaire, dès ces premiers instants fugaces, avant même de faire le premier pas.

L’étreinte au tango est essentiellement synonyme de connexion, et l’on sait déjà que le tango est une question de bonne connexion. C’est par l’intermédiaire de l’étreinte qu’on ressent tout, c’est elle qui nous permet de guider ou d’être guidé.

Évidemment, abrazo signifie littéralement faire un câlin ou serrer dans ses bras. Conséquemment, notre abrazo devrait inclure tous les éléments d’une bonne accolade : elle devrait envelopper notre partenaire, et le ou la tenir confortablement sans être imposante, restrictive ou autrement inconfortable, et elle devrait toujours être ressentie comme sincère.

Si l’étreinte est inadéquate – qu’elle tire, pousse, ou restreint, qu’elle est exagérément tendue ou trop relâchée – peu importe le nombre de belles figures ou d’embellissements complexes que vous exécuterez, ça ne donnera pas de sensations agréables à votre partenaire. Par contre, si votre étreinte est bonne, vous n’aurez pas à faire beaucoup pour que ce soit un plaisir de danser avec vous.

Au plan technique, voici comment j’utilise ma propre étreinte et ce que je dis à mes étudiants : utilisez davantage vos mains et moins vos bras. Vos bras doivent être souples et légers et vos articulations – poignets, coudes, épaules et omoplates – doivent conserver leur mobilité. Mais vos mains, particulièrement la paume de vos mains, devraient être actives, tenant votre partenaire de façon à bien le ou la ressentir, tenant au-delà de la surface des vêtements ou même de la peau, épousant la forme de la partie du corps avec laquelle elle est en contact. Le dos doit aussi être actif. Les muscles de la partie supérieure du dos devraient faire descendre vos épaules et vos omoplates, permettant à vos bras d’être détendus sans être mous. Cette technique vous permettra aussi d’avoir une étreinte adaptable. Le tango est beaucoup une question d’adaptabilité, et notre étreinte doit s’adapter à chaque partenaire et à chaque mouvement. Si nos bras sont souples et nos articulations mobiles dès le départ, l’étreinte s’adaptera d’elle-même sans effort. Finalement, mettez la même énergie dans les deux mains. Ceci n’est pas nécessairement facile à faire à cause de la nature asymétrique de l’étreinte du tango, mais l’équilibrage des deux mains peut être une solution miracle à trop de tirage ou de poussée de part et d’autre.

Plusieurs enseignants disent, et je le disais aussi : « Gardez votre cadre ». Je ne le dis plus parce que je crois que ce n’est pas bien interprété. Premièrement, dans un effort pour maintenir le cadre on a tendance à devenir trop rigide. Deuxièmement, la forme spécifique de l’étreinte a moins d’importance que son mode de fonctionnement. C’est pourquoi nous devrions pouvoir danser autant dans une étreinte de pratique, une étreinte fermée, une étreinte ouverte, ou même avec un seul bras ou sans les bras. Si on s’attarde trop à la forme exacte – l’angle des coudes, la hauteur des bras, la position exacte de la main dans le dos du partenaire – nous devenons trop centrés sur nous-mêmes et sur la forme, et en bout de ligne nous bloquons une partie des messages qu’on tente de transmettre ou de recevoir. Nous devrions plutôt tenir notre partenaire avec des mains fermes et des bras souples et légers, découvrant un juste équilibre entre ferme et souple, réceptif et communicatif, utilisant notre abrazo pour être avec notre partenaire et pour le ou la ressentir, pas pour nous tenir droit, contrôler, restreindre, tirer ou pousser. Ce que je peux dire à la place de « maintient ton cadre » c’est  « maintient le cadre de ton/ta partenaire ». Ainsi, vous utiliserez votre étreinte pour prendre soin de votre partenaire, lui permettre de bouger tout en lui donnant des points de référence stables et utiles, lesquels lui permettront de maintenir son axe et son équilibre tout en lui permettant de vous guider ou de vous suivre avec aisance… et, ce qui est le plus important, de se sentir bien.

L’étreinte pourrait bien être l’élément le plus important de notre danse.

Mais encore, la posture est aussi très importante.

Prochain article : Leçon No 3 : La posture est tout

Article précédent : Vingt leçons de tango: Première partie : Évolution

Wednesday, 31 January 2018

Vingt leçons de tango : Première partie : Évolution

Pantalons de tango amples et grand boleos ont cédé la place à des jupes moulées et une danse à étreinte rapprochée.

Traduit par François Camus
Lire le texte original en anglais ici

J’ai pris ma première leçon de tango en 1997. L'année passée, je me suis rendu compte que cela signifiait que je dansais le tango depuis 20 ans! Ce fut toute une aventure.

Est-ce que ça en a valu la peine? Absolument.

Est-ce que cela a été facile? Bien sûr que non.

Au cours des ans j’ai appris plusieurs choses. J’ai appris la confiance et l’humilité, j’ai appris à lâcher prise et à me défendre, à être à la fois plus dure et plus compréhensive, à guider et à suivre, à m’exprimer et à écouter, à être engagée et détendue, à anticiper ce qui est à venir tout en vivant le moment présent, à suivre les règles tout en pensant en dehors des sentiers battus.

Sans ordre spécifique, j’ai retenu 20 choses que j’ai apprises en 20 ans de tango. Afin de garder mes articles courts et de publier plus régulièrement j'ai décidé de publier une « leçon » par semaine au cours de 20 semaines.

Leçon no 1. Le tango évolue et nous devons évoluer nous aussi. 

Le tango a changé depuis mes débuts il y a 20 ans. La danse a changé, les tendances et les usages ont changé, ma ville a changé et bien sûr j’ai changé moi aussi. Dans le temps, l’apprentissage du tango consistait à apprendre des pas. À la fin de Tango 2, je crois que j’avais déjà appris les ganchos et les boleos, les barridas et les sacadas. Les enseignants ne parlaient pas vraiment de suivre la ligne de danse, ou la ronda. Tout au plus mentionnaient-ils que les danseurs se déplaçaient sur le plancher de danse dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Les DJ ne jouaient pas de cortinas pour distinguer les tandas; et personne n’utilisait le cabeceo. Le spectacle « Forever Tango » de Broadway faisait une tournée mondiale tandis que les films « La Leçon de tango » de Sally Potter et « Tango » de Carlos Saura venaient juste de sortir. Autour de nous il y avait des figures tape-à-l’oeil et de la musique dramatique en abondance. Les pièces instrumentales de Pugliese et les bandes sonores de ces films et spectacles jouaient partout. Quelques années plus tard, le nouveau groupe Gotan Project introduisit un son nouveau, tout aussi dramatique et résolument moderne qui était un signe des temps à venir. Les chaussures de tango importées d’Argentine n’étaient pas encore facilement disponibles alors nous dansions avec ce que nous pouvions trouver. Montréal était déjà un joueur majeur sur la scène du tango Nord-Américain, et on pouvait déjà danser sept soirs par semaine, mais chaque soir il n’y avait qu’une seule milonga au programme, alors toute la communauté savait où aller, se rassemblait et chaque événement était un succès assuré.

Dix ans plus tard, la musique de style électro-tango fusion de Gotan Project faisait rage et était réinventée par Bajofondo, Narcotango et de nombreux autres. Avec cette musique « nuevo » est venu un style de danse que les gens appelaient aussi tango nuevo avec son étreinte élastique très caractéristique, des figures expérimentales hors axe et d’énormes boleos exécutés par de jeunes tangueras flexibles portant d’amples pantalons, funky et confortables. Le trafic sur plusieurs planchers de danse était un vrai cauchemar. Quelques studios de danse vendaient des chaussures Comme Il Faut et Neo Tango d’Argentine. Les pieds de toutes les meilleures danseuses étaient parés de tissus colorés, pailletés, ouverts aux orteils et montés sur des talons aiguilles. Paradoxalement, les cortinas étaient jouées dans presque toutes les milongas, de même qu’une part de plus en plus importante de musique de tango moderne et expérimentale, de Gotan et Otros Aires en passant par des choix de musiques alternatives allant des Beatles à Édith Piaf. La scène du tango montréalais avait commencé à s’étendre au-delà du Plateau Mont-Royal et du centre-ville allant vers l’est, l’ouest et même en dehors de l’île dans une ou deux banlieues.

Peu de temps après est venu un fort ressac contre toute forme de musique tango « nuevo » ainsi qu’envers les styles de danse qui occupent plus que leur juste part d’espace sur le plancher de danse. La musique de l’Âge d’or du tango est rapidement revenue en force au cours de la dernière décennie, de même que l’étreinte rapprochée, une ligne de danse conviviale et le style de danse milonguero. Maintenant, aucun DJ n’omet les cortinas et presque tous les enseignants encouragent l’usage du cabeceo ainsi que le respect de la ronda sur le plancher de danse. Plusieurs marques de chaussures haut-de-gamme à production limitée importées d’Argentine et d’Europe sont vendues dans presque tous les studios de tango. Des vêtements conçus pour le tango sont aussi disponibles partout, fabriqués en quantité limitée par de petits designers. Les pantalons amples sont passés de mode, remplacés par des jupes moulantes à hauteur de genou, parce que plus personne ne lance les jambes en l’air, du moins pas dans les milongas. Montréal est toujours une grande ville de tango (voir l’édition québécoise de Modern Tango World pour en savoir plus), mais d’innombrables autres villes en Amérique-du-Nord et ailleurs dans le monde ont pris le pas, nous ont rattrapées et même surpassées. Le Tango est devenu global, grâce en grande part à YouTube, Facebook et autres média-sociaux, ainsi que la prévalence des voyages à l’étranger. Les tendances en musique et en danse voyagent avec les danseurs. Nous sommes de plus en plus influencés par le style et les mouvements des maestros d’Argentine, d’Europe et d’ailleurs dans le monde. Au cours des dernières années, les milongas ont poussé comme des champignons, ici même à Montréal et dans les banlieues. Il peut y avoir jusqu’à cinq milongas offertes le même soir, ce qui signifie qu’il y a beaucoup de choix pour les danseurs, mais les organisateurs ne sont plus assurés d’avoir du succès.

Certaines personnes qui dansent depuis aussi longtemps que moi sont nostalgiques des vieux jours quand les choses étaient supposément plus simples, plus conviviales et plus insouciantes. Je crois cependant qu’au tango, comme dans la vie, plusieurs personnes voient le passé avec des lunettes roses. Peut-être que personne ne coupait notre plaisir en nous harcelant au sujet de la ligne de danse, mais une navigation insouciante était généralisée et il y avait de nombreuses collisions sur le plancher de danse. Peut-être que personne ne nous poussait à utiliser l’étrange cabeceo, mais il y avait alors ces inconfortables moments de rejet, de refus embarrassant et de piètres excuses. Le monde des affaires du tango était plus facile et il était facile de retrouver nos amis à la seule milonga du vendredi soir, mais il y avait moins de choix, et la variété n’ajoute-t-elle pas du piquant à la vie? De toute façon, la façon dont les choses étaient est la façon que c’était, et la façon dont les choses sont aujourd’hui est ce qu’elle est… jusqu’à la prochaine évolution, laquelle est, évidemment, déjà en mouvement.

Qu’est-ce qui s’en vient? La tendance est que les enseignants délaissent de plus en plus les séquences complexes et les mouvements impressionnants pour travailler la posture, la musicalité, la technique et l’étreinte tout en insistant sur le respect de la ligne de danse et l’utilisation du cabeceo (Yé!) En même temps, au plan musical, je constate un ressac contre le ressac, plusieurs danseurs demandent aux DJ de sortir de la boîte et de penser à nouveau au-delà de l’Âge d’or. Au-delà de cela, je peux seulement attendre et voir ce qui adviendra, comme tout le monde. Et je l’attends avec impatience.

Prochain article : Leçon no. 2 : L’étreinte est tout

Tuesday, 10 October 2017

Taisez-vous et dansez


Traduit par André Valiquette
Lire le texte original en anglais ici

Je l’ai déjà dit et je le répète : pas d’enseignement sur la piste de danse.

Je suis très ferme sur cette question, ceux qui me connaissent ou qui ont lu mon blogue à ce sujet le savent bien. Les gens vont à une milonga pour danser et avoir du plaisir. Les meilleurs tangos sont ceux pendant lesquels vous pénétrez cette zone d'ici et maintenant où vous pouvez abandonner vos pensées et entrer dans un état presque méditatif. Un état qu’il n’est pas possible d’atteindre si votre partenaire vous dit constamment quoi faire – ce que personne n’apprécie, mais alors pourquoi des gens continuent à le faire?

L’été dernier, j’ai été témoin d’un comportement de « prof » qui dépassait les bornes, j’ai en fin décidé de rendre service aux femmes et je m’en suis mêlée. Mais je suppose qu’aucune bonne action ne reste impunie et la situation a évolué de mal en pis. Nous étions dans une milonga en plein air que mon école organise, et un danseur reconnu pour son incompétence en danse autant que pour sa propension à constamment donner des conseils en dansant (c’est drôle comme ces deux phénomènes se côtoient souvent) était donc en train de faire ce qu’il fait le mieux, encore et encore.

Difficile à supporter

Je l’ai d’abord vu danser avec une de mes étudiantes débutantes que j’aime bien, qui travaille sérieusement et suit bien, et j’ai d’abord eu envie de rentrer sous terre quand je l’ai vu lui donner des conseils sans discontinuer pendant toute une tanda. Par la suite, il a invité quelqu’un d’autre qui était en train de se remettre progressivement au tango après s’être blessée, et il l’a complètement accaparée en l’abreuvant de conseils et d’instructions pendant un bon cinq minutes AVANT MÊME DE COMMENCER À DANSER. C’était pénible à voir – tellement qu’une autre femme lui faisait des signes pour qu’elle ne danse pas avec lui – et au bout du compte elle s’en est abstenue, tant mieux pour elle.

Quelques tandas plus tard, j’étais sur le plancher de danse et j’ai vu une femme s’éloigner de lui pendant qu’il lui lançait à la tête quelque chose du genre : « Bon, ben, si tu ne veux pas apprendre, vas-y t'asseoir! »
C’est exactement ce qu’elle fit, mais là je me suis sentie concernée.
J’ai décidé – étant connue pour être trop bonne, trop douce, trop gentille – qu’il était plus que temps de mettre mon pied à terre et que j’aie une conversation avec cet homme qui me hérissait – et je ne suis pas la seule – à chaque fois qu’il mettait le pied dans une milonga.
Alors, j’ai attendu qu’il soit seul, je l’ai abordé en souriant, l’ai salué et l’ai entraîné discrètement à l’écart là où personne ne pouvait nous entendre. Aussi gentiment et diplomatiquement que possible, je lui ai dit qu’il était bien libre de faire ce qu’il voulait, mais que j’avais reçu plusieurs commentaires des femmes qu’il avait corrigées en dansant et que peut-être il pouvait danser un peu plus et parler un peu moins.
Sa réponse : « Si les femmes ne veulent pas danser avec moi, elles ne sont pas obligées », à quoi il a ajouté ce brillant commentaire : « Si elles ne veulent pas apprendre, elles n’ont pas besoin de danser avec moi ».
Ce à quoi j’ai répondu : « Mais tu n’es pas prof ».
Et sa réponse : «  Je n’ai pas besoin d’être prof pour enseigner ».
Très bien. Je lui ai dit que je n’étais pas d’accord, mais que c’était une conversation à reprendre à un autre moment. Ensuite, j’ai ajouté que, étant prof, je pourrais lui enseigner en dansant, mais que je ne le ferais pas parce que ça ne se fait pas.

De mal en pis

Et là, il a dérapé. Il m’a dit qu’il pourrait m’enseigner plein de choses parce que je suis complètement nulle comme danseuse, que je guide mal, que je ne suis pas la musique, etc. Me rendant compte que la conversation se détériorait rapidement, je lui ai dit « OK » et je me suis éloignée.

Bien sûr, étant donné qu’il est une personne qui veut toujours avoir le dernier mot, il m’a suivie et a continué sa tirade, à laquelle j’ai répondu : « Je ne t’ai pas insulté et tu n’as pas à le faire non plus. On arrête la conversation ici ».

Évidemment, cette personne n'est plus la bienvenue dans mes milongas et ces événements ne s’en porteront que mieux.

Vous savez, c’est seulement un exemple extrême d’une attitude bien répandue. N’est-ce pas ironique que les danseurs qui jouent au prof soient souvent les moins bons sur la piste de danse, et que ceux qui dispensent des conseils non sollicités soient souvent les mêmes qui ont de la difficulté à en accepter pour eux-mêmes?

Vous n’êtes pas une exception

Ce qui est arrivé a dépassé la mesure, mais c’est une occasion de rappeler à tous les danseurs : SVP, ne jouez pas au prof avec vos partenaires!

Il y a des gens qui vont lire ce billet et penser qu’ils sont une exception. Qu’ils ont vraiment des choses importantes à enseigner à ces pauvres petit(e)s débutant(e)s vu que bla-bla-bla. Mais si c’est ce que vous pensez, je dois vous rappeler que vous n’êtes PAS une exception. Et je n’en suis pas une non plus. Je suis une professeure, mais je n’enseigne pas pendant une milonga parce que ce n’est pas pour ça qu’elles sont faites! Et sans tenir compte de l’expérience que vous avez, vous n’êtes pas là pour corriger vos partenaires ou pour être corrigé-e vous-mêmes. Si les gens veulent des corrections, ils vont prendre des leçons et recevoir des conseils et des instructions de vrais professeurs qui ont les compétences et l’expérience pour étayer ce qu’ils disent et ce, dans un cadre approprié. Ce n’est pas parce que vous avez plus d’expérience que quelqu’un d’autre que cela fait de vous un meilleur danseur et cela ne peut certainement pas vous qualifier pour enseigner. Mieux, si vous êtes celui qui a le plus d’expérience, vous devriez être celui qui s’adapte au niveau de sa partenaire.

Pour la bonne entente et le plaisir de tous ceux qui participent, la prochaine fois qu’une danse ne se passera pas comme vous l’auriez souhaité, pensez-y bien et demandez-vous s’il y a quelque chose que VOUS pourriez faire pour rendre les choses plus faciles pour votre partenaire.

Et finalement, faites silence, profitez de ce moment et dansez.

Friday, 13 January 2017

Les classes, les milongas et les prácticas

Nous allons aux milongas pour danser et avoir du plaisir, pas pour pratiquer la dernière figure à la mode
que nous ne maîtrisons pas encore.

Traduit par André Valiquette
Lire la version originale en anglais ici. 

Les cours de groupe, les leçons privées, les prácticas et les milongas. Il y a plusieurs voies que vous pouvez emprunter pour arriver à maîtriser le tango. Toutes vous offrent une démarche d’apprentissage et, éventuellement, vous tenterez chacune de ces expériences lors de votre cheminement. Je vous présente ici un condensé de leurs avantages et désavantages respectifs afin de vous donner une bonne idée de ce que vous pourrez en retirer.

Les cours de groupe

Ils sont donnés à une cohorte d’étudiants à la fois. La grande majorité des étudiants de tango commencent avec ce type de cours et c’est une bonne façon de se lancer. Le tango argentin est surtout une danse sociale qui se prête bien à un apprentissage partagé. Les gens qui apprennent à un rythme modéré, c’est-à-dire ni vraiment plus vite ni plus lentement que la moyenne du groupe, s’intègrent généralement bien dans ces classes.

Dans la catégorie des cours de groupe, il y a plusieurs options. Les voici, divisées en plusieurs sous-catégories : 

Cours réguliers à une école de votre localité


Les studios de votre région offrent habituellement une progression par niveaux organisés en sessions étalées sur un certain nombre de semaines. Des mouvements et des séquences sont présentés, en partant des fondements, et les aspects techniques tels que la marche, la posture et la musicalité sont abordés dans les grandes lignes.

Chaque école qui a passé l’épreuve du temps offre normalement des cours de bonne qualité. Les écoles de tango ne sont pas là pour faire de gros profits (croyez-moi!), c’est dire que vos professeurs sont vraiment passionnés par le tango et son enseignement. S’ils persistent plus d’une couple d’années, c’est parce qu’ils adorent ce qu’ils font et savent ce qu’ils font.

Les écoles de tango orientent normalement leurs étudiants vers des cours de différents niveaux qui peuvent être désignés comme « Débutant, Intermédiaire, Avancé... », « Tango 1, 2, 3, 4... » ou par des appellations similaires. L’apprentissage par niveaux est utilisé largement, car, avant tout, il fonctionne bien et permet à beaucoup de gens de se familiariser avec les habiletés de base pour aller plus loin et commencer à danser le tango.

Mais cette formule n’est pas sans failles. Elle réunit forcément des gens de différentes capacités et, alors que plusieurs étudiants passent brillamment d’un niveau à l’autre, certains n’y arrivent que de justesse.

Comme c’est souvent le cas pour l’enseignement de groupe, les professeurs s’adressent avant tout à l’étudiant moyen, qui sont les premiers bénéficiaires de ces cours. Ceux qui peinent à suivre ou, au contraire, pigent tout de suite, peuvent être laissés pour compte dans ces situations.

La progression par niveaux peut donner l’impression à des gens qu’ils ont échoué, par exemple, si le professeur suggère de recommencer une séquence de cours avant d’aller plus loin. C’est dommage, car le tango est un apprentissage, pas un examen éliminatoire; alors, pourquoi aller plus loin si vous ne maîtrisez pas encore ce sur quoi vous travaillez? Ce système peut aussi laisser croire à certaines personnes qu’elles ont davantage appris que ce qu’elles ont vraiment assimilé, dans le cas d’étudiants qui ont passé de justesse à travers cinq niveaux et pensent qu’il leur reste peu à apprendre. En tango, compléter les niveaux de base est le début de l’apprentissage, non sa conclusion.

Pour ceux qui sont vraiment en avance, ils peuvent être négligés dans les grands groupes qui comportent beaucoup d’étudiants qui ont besoin ou demandent de l’assistance. Plusieurs étudiants peuvent aussi s’ennuyer si, par exemple, ils apprennent et mémorisent des séquences facilement. N’oubliez pas, pourtant, qu’il est possible de travailler intensément sur des éléments très simples si vous vous concentrez sur la technique ou la musicalité. Vous pouvez aussi poser aux professeurs des questions pointues sur votre technique, en vous assurant qu’ils vous ont à l’œil pour vous corriger. Comme dans bien des domaines, vous retirez quelque chose dans la mesure où vous y avez investi de vous-même.

Essayez de ne pas surestimer votre propre niveau lorsque vous choisissez un cours. À moins que vous ne soyez exceptionnellement talentueux – et peu d’entre nous le sont – il est préférable que vous suiviez un cours qui se situe légèrement en bas de votre niveau plutôt que légèrement au-dessus. Si vous pouvez facilement maîtriser les pas qui sont enseignés, vous serez capable de mettre l’accent sur votre énergie et l’amélioration de votre technique. De plus, suivre des cours qui sont au-dessus de votre niveau peut vous sembler amusant, mais ce l’est moins pour les autres participants du groupe lorsqu’ils pratiquent avec vous ou quand les professeurs ralentissent la leçon pour que vous puissiez suivre.

Pour : une façon amusante et abordable d’apprendre les mouvements et techniques incontournables. Les personnes qui apprennent à un rythme moyen sont à l’aise dans ces groupes-cours.
Contre : dans les grands groupes, vous pouvez recevoir moins d’attention. Certains étudiants peuvent se sentir largués dans ces groupes. Si vous vous inscrivez seul, vous n’avez pas beaucoup de contrôle sur le choix de votre partenaire.


Les classes ouvertes ou à la carte

Les leçons à la pièce proposent une méthode facile pour ajouter un ou deux pas nouveaux à votre répertoire s’il vous paraît prendre de l’âge.

Elles sont en général moins coûteuses que les ateliers ponctuels ou les leçons offerts à l’intérieur d’un programme de session, sans compter que lorsqu’ils sont offerts avant une milonga ou une práctica, comme c’est souvent le cas, le coût de cet événement est souvent inclus dans la leçon. Donc, elles sont abordables et donnent l’occasion de rencontrer des gens et de faire quelques contacts avant de commencer la milonga.

Pour : un choix très abordable. Une bonne façon de rencontrer des gens. Permets d’apprendre des notions nouvelles sans avoir à s’engager dans un programme de session.
Contre :
il n’y a pas d’assurance de s’associer avec un partenaire qui nous convient, ou même d’avoir un partenaire, alors ce peut être intéressant d’aller à ces leçons avec un partenaire. Le niveau d’habileté des participants peut varier considérablement. Ces leçons tendent à présenter des pas plutôt que des techniques, alors, tout en vous donnant accès à de nouvelles figures, elles ne vous permettront pas d’améliorer beaucoup vos qualités de danseur.

Les ateliers de technique

C’est toujours un bon choix. Les techniques pour femmes, les techniques pour couples, les techniques pour hommes, les techniques pour les ochos, les techniques de marche... prenez-les !

Ne soyez pas réticent à l’appellation : « technique ».

Travailler sur vous-même est essentiel. Si vous ne pouvez pas exécuter correctement un mouvement par vous-même, vous serez un fardeau pour votre partenaire. Et une bonne technique vous libérera éventuellement pour danser avec aisance, fluidité et avec un plaisir très ressenti. De plus, cela amène beaucoup de satisfaction de s’améliorer. Si la seule pensée de pratiquer votre marche ou vos pivots en solo vous ennuie, cela n’augure rien de bon pour votre attitude envers le perfectionnement.

Pour : moins coûteux que les cours privés, avec des bénéfices comparables.
Contre : ne s’applique pas!

Ateliers donnés par des maestros invités

Que ce soit dans le cadre d’un festival ou d’une activité spéciale offerte par votre école, les ateliers présentés par des maestros invités sont une activité populaire et, souvent, pour de bonnes raisons. Les danseurs étoiles ne le sont pas devenus par hasard. Ils ont souvent un talent remarquable sans parler d’un certain charisme.

Toutefois, ils ne sont pas nécessairement doués en pédagogie. Certains maestros invités sont d’excellents professeurs et chaque minute avec eux vaut son pesant d’or, mais quelques-uns ne sont captivés que par leurs performances et enseignent pour financer cette passion. Ces maestros de passage peuvent être généreux et attentifs aux besoins des étudiants, ou au contraire arrogants et non disponibles, sauf pour les étudiants les plus avancés de la classe.

Il y a un attrait supplémentaire aux ateliers donnés dans le cadre des festivals, c’est que des gens peuvent se déplacer de loin pour y assister, alors participer à ces leçons vous donne l’occasion de rencontrer beaucoup de nouveaux danseurs venus d’ailleurs.

De toute façon, ne sous-estimez pas les professeurs de votre école. Même s’ils n’ont pas la réputation internationale de ceux qui font le circuit des festivals, ils ont probablement au moins autant d’expérience d’enseignement – souvent davantage – et ils peuvent vous assurer d’une continuité que les enseignants de passage ne peuvent assumer.

Pour :
vous rencontrez des vedettes! Vous nouez des liens avec des danseurs qui n’appartiennent pas à votre communauté locale. Vous apprenez de nouvelles techniques qui sont en train de faire leur chemin. Vous voyez votre danse d’une autre façon. Un choix intéressant pour les danseurs avancés qui ne seront pas embrouillés par des techniques ou des explications différentes.
Contre : peut être coûteux. Manque de suivi. Parfois les corrections et les explications formulées différemment peuvent être une source de confusion pour les étudiants débutants ou intermédiaires.

Leçons privées

Beaucoup de danseurs n’en ont jamais pris, mais les leçons particulières sont un impératif si vous désirez vraiment améliorer vos capacités.

Seule une leçon privée vous permettra de procéder à une autoévaluation en profondeur et, à partir de là, de prendre conscience de vos forces et de vos faiblesses.

Si vous faites partie d’une classe de groupe de 10, 20 ou 30 étudiants, il y a des chances que vous n’ayez que cinq minutes en tête-à-tête avec le professeur. Il ou elle vous donnera probablement quelques conseils, comme vous rappeler à une ou deux reprises de descendre vos épaules ou de glisser vos pieds, mais seule l’attention soutenue que vous recevez dans une leçon privée vous apportera l’encadrement dont vous avez besoin pour a) réaliser sur quelles habitudes vous devez vraiment travailler pour évoluer et b) apprendre comment changer ces habitudes.

Les étudiants qui cheminent péniblement à travers les contenus des cours, peu importe qu’ils travaillent fort ou qu’ils constatent qu’ils sont toujours à la traîne du reste du groupe, sont aussi de bons candidats pour des leçons privées, en remplacement ou en ajout aux classes de groupe.

Les leçons privées sont aussi un bon choix pour les étudiants qui avancent plus vite que la moyenne ou qui veulent accélérer le pas. Ceux qui apprennent rapidement ou voudraient y arriver, aussi bien que ceux qui sont contrariés ou impatients de danser avec les étudiants de leur niveau, vont retirer plus de satisfaction d’un enseignement personnalisé avec un professeur.

Les cours privés peuvent être pris individuellement ou en couple. Je suggère de prendre des leçons en couple seulement si vous êtes – ou prévoyez être – des partenaires réguliers. Une bonne partie des leçons en couple sont consacrées à vous enseigner comment danser et communiquer avec une personne particulière, alors si ce que vous désirez réellement est d’améliorer vos habiletés individuelles, prenez aussi des leçons seulement pour vous.

Même les étudiants qui s’amusent et profitent bien des classes de groupe devraient considérer la possibilité de se faire plaisir en prenant de temps en temps des leçons privées. Tout le monde a, à tout le moins, quelques mauvaises habitudes, et c’est bon de se les faire rappeler et proposer des alternatives de temps à autre.

De toute façon, laissez votre ego de côté si vous vous engagez pour des leçons privées. Essayez de ne pas vous mettre sur la défensive ou d’être impatients devant les corrections de votre professeur. Vous allez retirer le maximum de vos leçons si vous êtes aussi ouverts que possible. C’est pour ça que vous êtes là!

Les leçons privées sont plus dispendieuses que les classes de groupes, mais vous en aurez plus pour votre argent. Assurez-vous seulement que vous allez prendre des leçons avec un professeur compétent et expérimenté qui démontre un style et une technique qui vous convient.

Pour : une attention complète de votre professeur. Vous apprenez à votre rythme. Vous dansez avec un professionnel!
Contre : plus dispendieux que les classes de groupe (mais ça en vaut la peine!). Si vous ne dansez que dans le cadre de leçons privées, vous ne dansez qu’avec un partenaire, ce qui ne va pas nécessairement vous aider à vous ajuster à différents genres et niveaux de partenaires.
 

Prácticas

Práctica signifie pratique en espagnol. Il y a différents types de prácticas : guidée, supervisée et libre.

Cette classification est fonction du degré d’engagement des professeurs dans cette période de pratique.

Une pratique guidée
signifie qu’il y a un certain enseignement. Le professeur peut montrer une technique ou un pas sur lequel travailler, ou suggérer quelques exercices à faire en couple ou par rapport à la musicalité, par exemple.

Une pratique supervisée signifie que les professeurs sont prêts et disponibles à répondre aux questions et à vous aider.

Une pratique libre ou ouverte,
ou simplement une pratique, veut dire que vous pouvez travailler avec vos partenaires dans un cadre décontracté, mais il n’y a pas, ou très peu, de supervision ou d’intervention de la part du professeur.

Les prácticas sont des moments très agréables et souvent trop sous-estimés. Beaucoup de danseurs cessent de fréquenter les prácticas à partir du moment où ils se sentent prêts à danser dans les milongas, mais c’est une erreur. Tout comme personne ne devrait considérer ne plus avoir besoin de cours, personne ne devrait se croire trop avancé pour se passer de pratiquer.

Entre autres avantages, les prácticas représentent les activités les moins coûteuses, donc une façon accessible de pratiquer, de connaître des danseurs et d’aller chercher un peu d’aide des professeurs si vous le désirez. Sauf dans les événements plus formels de type milongas (voir plus bas), dans les prácticas c’est correct de parler avec votre partenaire et d’essayer de nouveaux pas que vous ne maîtrisez pas encore complètement.

Toutefois, j’aimerais souligner deux points importants :

Premièrement, même durant les prácticas, vous devez toujours suivre votre ligne de danse et respecter les autres danseurs sur la piste. Après tout, la circulation sur le plancher est une des choses les plus difficiles à maîtriser pour le guideur, ce qui implique qu’elle doit être pratiquée au moins autant que le reste.

Deuxièmement, le droit de parler ne signifie pas qu’on puisse se laisser aller à corriger tous ceux avec qui nous dansons. Le fait que votre partenaire ait moins d’expérience que vous ne vous rend pas plus qualifié pour lui enseigner. Dansez toujours au niveau de votre partenaire et laissez l’enseignement aux vrais professeurs.

Pour : bon marché. Atmosphère décontractée avec possibilité de parler un peu sur le plancher de danse. Les professeurs sont souvent disponibles.
Contre : rien à signaler, vraiment, sauf que le niveau des danseurs peut être relativement bas si les danseurs expérimentés se jugent trop avancés pour y participer.


Milongas

Une milonga est un endroit ou un événement où nous dansons le tango uniquement pour le plaisir. C’est le night life du tango.

Danser en milonga est la motivation principale de la plupart des danseurs amateurs de tango. C’est la partie agréable. C’est le moment de fraterniser avec des amis, prendre un verre et danser toute la soirée (ou l’après-midi), avec votre principal partenaire ou, le plus souvent, avec différents danseurs.

Dans une milonga, vous apprenez à vous adapter à différents danseurs et musiques, et vous pouvez affûter votre aisance sur le plancher et votre capacité de naviguer.

Il n’y a pas d’enseignement d’aucune sorte pendant une milonga, et ce n’est pas un bon comportement de corriger ou d’enseigner à votre partenaire, ou même de commenter ses habiletés en danse, autrement que d’une façon positive.

Il y a des règles à suivre dans une milonga, la plus importante à appliquer étant de respecter les autres danseurs.

En gardant cela en tête, la milonga n’est pas la place pour essayer un mouvement difficile que vous avez appris en classe ou vu sur YouTube hier. Les leaders devraient rester dans la zone de confort de leur répertoire, en exécutant des mouvements qui leur sont familiers et que leur partenaire suit facilement.

Pensez-y-bien, si votre objectif est de danser avec des danseurs de très haut niveau, vous aurez besoin de vous y préparer en dehors des milongas pour rehausser votre niveau.

Le danger de seulement pratiquer votre danse en milonga est de renforcer toutes ces petites et mauvaises habitudes que vous traînez avec vous.

Ça vaut la peine de se rappeler que, si avoir du succès en milonga est l’objectif de beaucoup de danseurs, ce n’est pas le cas de tout le monde.

J’ai enseigné à des étudiants qui suivent beaucoup de cours, en groupe et en privé, depuis des années, et qui ne viennent jamais ou presque jamais en milonga.

Quant à moi, je ne comprends pas vraiment cela parce que, à mon sens, l’aboutissement de l’apprentissage du tango ou d’une autre danse sociale est de pouvoir la danser en société. Mais tout le monde n’a pas les mêmes buts. Et les classes ne sont pas toujours un moyen pour arriver à autre chose. Pour certains, les classes elles-mêmes représentent un but. C’est le plaisir d’apprendre et la leçon elle-même est un loisir.

Récemment, dans le cadre d’une leçon privée, j’expliquais à un étudiant comment danser dans un espace restreint pour prendre moins de place sur un plancher de danse encombré et il m’a répondu : « Pourquoi quelqu’un voudrait-il danser sur une piste de danse encombrée? »

Cela peut sembler étranger pour ceux qui vibrent pour les milongas, mais alors que le tango exerce une forte attirance pour des étudiants comme celui-là, cela ne va pas jusqu’aux milongas.

Pour ma part, je crois qu’un équilibre entre ces deux positions représente l’idéal : goûtez votre plaisir à danser toute la nuit en milonga, mais aussi en travaillant intensément vos connaissances et votre technique.

Pour : une activité sociale plaisante. Vous pratiquez et améliorez votre aisance sur la piste de danse et votre capacité de vous y déplacer. Vous apprenez à vous adapter.
Contre :
Ce n’est pas la place pour pratiquer de nouveaux mouvements. Vous ne recevez pas – et ne devriez pas recevoir – de rétroactions critiques sur votre danse, alors si vous avez de mauvaises habitudes – et nous en avons tous – danser en milonga ne fera que les conforter si vous ne prenez pas à côté l’un ou l’autre genre de classe.

Si vous voulez vraiment vous développer comme danseur, vous devez utiliser toutes ces approches. Vous n’avez pas à le faire chaque semaine, mais si vous voulez vraiment travailler sur votre danse, vous devez faire un peu de tout régulièrement.
Si vous êtes satisfait de votre niveau général de danse, mais aimeriez quelques rappels sur ce qu’il vous faudrait travailler ou pour améliorer votre aisance à vous déplacer ou pour élargir le groupe des bons danseurs avec qui vous pouvez danser, assurez-vous simplement d’assimiler un peu de chaque approche chaque année.

Au minimum, je suggère :

- Danser au moins deux fois par semaine.
- Faire plus d’un type d’activité reliée au tango chaque semaine (classes, pratiques, milongas).
- Vous offrir au moins une leçon privée de temps en temps.
- Avoir une autre activité physique au moins une fois par semaine (pour contribuer à vos capacités de danseur et votre bien-être général).

Saturday, 12 March 2016

Profitez de chaque moment

Découvrez le plaisir
d'être, tout simplement.
Traduit par André Valiquette
Lire la version originale en anglais ici.

“Le secret du Tango se trouve dans cet instant d’improvisation qui se produit entre un pas et l’autre. C’est rendre possible l’impossible, danser le silence.”
-Carlos Gavito

Je crois qu’on peut dire sans craindre de se tromper que ceux qui tiennent bon quelques mois à titre de débutants dans les classes de tango y arrivent parce qu’ils trouvent cela agréable. Ils aiment probablement la musique; ils apprécient sans doute le contact humain et ils sont presque certainement passionnés par la danse elle-même. Mais pendant cet apprentissage du tango, il peut s’écouler pas mal de temps avant de vraiment en savourer à fond tous les effets.

Quand nous dansons le tango, nous avons besoin d’être complètement présents, d’être alertes non seulement physiquement, mais aussi sur le plan temporel, ce qui signifie de vivre complètement dans l’instant. Ce qui nous amène à discuter de trois aspects :

Laissez le passé derrière vous. Le tango est une danse improvisée. Ce qui veut dire qu’on va forcément faire des erreurs, et plus tôt on le comprendra, mieux on se portera. À partir du moment où un pas ou un mouvement a été complété, il ne peut être repris. Réussi ou pas, prévu ou pas, ce qui est fait est fait, alors ça ne sert à rien de s’en faire, de questionner, de s’excuser, de critiquer ou de corriger. Cela fait partie du défi et du plaisir du tango d’imaginer des solutions qui permettent de surmonter des blocages.

Les leaders qui corrigent leurs partenaires ou qui font des commentaires sur ce qu’elle “devrait faire” montrent qu’ils sont restés collés à leur plan initial, incapables de s’adapter, de bouger et de profiter de ce qui se passe à l’instant. La même remarque s’applique aux leaders qui se laissent souvent contrarier par tous les danseurs autour d’eux, lorsque le caractère aléatoire de tous les mouvements sur le plancher de danse les empêche de faire les mouvements qu’ils avaient prévus. Mais nous savons tous que même les plans les mieux conçus vont souvent de travers… particulièrement sur une piste de tango, alors pourquoi gâcher ce moment dans la frustration?

Les guidées se laissent envahir par leurs doutes et leur insécurité : “ Est-ce que c’était correct?” “Est-ce que c’est ce qu’il voulait?” “Qu’est-ce que je viens de faire?” La réponse à toutes ces questions est : “ça n’a pas la moindre importance”. Encore une fois, ce qui est fait est fait, et il revient aux deux partenaires de l’assumer et de passer à l’étape suivante. C’est ainsi que ça devrait se passer.

Pour plusieurs d’entre nous, renoncer à une intention ou à une incertitude n’est pas chose facile. Mais si nous arrivons à assumer le caractère non prévisible du tango, nous allons accéder à sa signification profonde. La danse va toujours dans des directions inattendues. C’est une conversation entre deux individus qui se déplacent dans l’espace au milieu de douzaines, parfois de centaines d’autres personnes, alors il n’y aura jamais deux danses identiques. C’est pourquoi cette danse centenaire ne prend pas de rides.

Ne vous en faites pas avec le futur. C’est une recommandation qui n’est pas évidente pour les guidées. Parfois, elles s’en font tellement avec ce qui s’en vient qu’elles en oublient ce qui se passe au moment présent et qu’elles anticipent au lieu de suivre. Les leaders qui dansent avec un oeil sur le futur sont portés à oublier d’attendre que leur partenaire complète un mouvement avant de les amener au suivant. Il est vrai que les leaders ont besoin de guider, un pas d’avance, ce qu’ils proposeront ensuite, ce qui donne une chance à leur partenaire de répondre, mais ils doivent tout de même attendre la guidée pour tenir compte de sa réaction et pour initier le prochain mouvement. Cela fait beaucoup à première vue, mais lorsqu’on les réunit, c’est si bon. Et c’est une excellente raison de ne pas se presser.

Vivez maintenant et à fond. Pourquoi s’en faire avec le passé ou le futur quand il y a tant à savourer, là, tout de suite? Au-delà des mouvements recherchés et des figures amusantes, il y a cette sensation douce et rassurante d’un abrazo fort et attentif; il y a cette façon de caresser le plancher avec votre pied d’un pas à l’autre, en dessinant de belles courbes ou des lignes bien exécutées sur le plancher; il y a cette façon dont l’épaule de votre partenaire épouse étroitement la paume de votre main; il y a cette sensation de synchronicité parfaite quand vous savez, avec des jeux de pied tout simples, que la musique vous parle tous les deux exactement de la même façon; il y a les erreurs heureuses et les surprises chanceuses où tout s’emboîte avec magie, créant un embellissement que vous n’auriez pas imaginé ou un nouvel enchaînement que vous ne reproduirez peut-être jamais; il y a ce moment où vous réalisez que la connexion est si profonde, si naturelle, si élevée que vous ne sauriez décrire quel pas vous venez de faire, vous savez seulement que c’est merveilleux…

Une question que je me pose souvent est de comprendre pourquoi tant de leaders ont ce besoin compulsif d’avancer sans arrêt, aussi vite que possible? On tourne en rond sur la piste de danse! Il n’y a pas de fil d’arrivée, alors, pourquoi ne pas profiter du voyage? Pour la guidée, ce n’est pas vraiment gratifiant d’évoluer le long de la ligne de danse ou de reculer en rafale au lieu de s’attarder un peu… alors pourquoi certains leaders ressentent autant d’impatience lorsqu’ils ne peuvent se presser autour de la piste de danse comme une toupie?

Et à ces guideurs qui craignent d’ennuyer leur partenaire s’ils ne proposent pas une large sélection de figures, je dis ceci : tous les leaders ont un répertoire. Que ce répertoire soit composé de simples pas, de transferts de poids et d’ochos cortados ou d’une série complexe de ganchos, wraps et volcadas, ça n’y change rien; tous les leaders ont leur zone de confort avec des figures qu’ils guident aisément et qu’ils utilisent lorsqu’ils évoluent sur une piste de danse bondée. Le fait reste que, aussi surprenantes ou amusantes que soient, la première fois, des séquences créatives de poussées ou d’envolées, ces mouvements impressionnants perdent leur fraîcheur la seconde ou la troisième fois, à mesure qu’ils n’ont plus l’attrait de la nouveauté (sans compter qu’ils sont périlleux sur une piste de danse). Ce qui permet aux danseurs de demeurer attrayants et intéressants est leur capacité de jouer et de danser différemment sur des musiques variées ou de faire les mêmes pas - même les plus simples – en utilisant des rythmes différents. L’attrait pour ce type de danseurs ne faiblit jamais. L’art du tango n’est pas de présenter le plus de matériel possible dans une seule chanson, mais plutôt d’être en connexion avec la musique et son partenaire et de progressivement créer une danse inspirée par cette chanson et cette partenaire. C’est là que vous savourerez chaque moment.

Naturellement, cela prend du temps pour apprendre et apprécier tout cela, de laisser aller le faire et de savourer le plaisir d’être. Pour y arriver, nous devons tout d’abord être à l’aise avec ce que nous avons à faire, par exemple, marcher avec contrôle et clarté, réaliser un abrazo, diriger et suivre, garder le rythme de la musique, et ainsi de suite. Voilà pourquoi des fondements solides ont une telle importance. Si la technique est absente, la connexion ne sera pas au rendez-vous. Mais il peut même y avoir du plaisir à travailler sur la technique; c’est une sensation très agréable de se rendre compte qu’on peut adopter une posture droite et qui nous élève, de sentir qu’on avance avec force et puissance à mesure qu’on améliore notre marche, ou finalement de pivoter avec équilibre et grâce. À partir du moment où la technique et la connexion sont présentes, vous vous rendrez compte que vous n’avez même pas besoin de vous déplacer pour danser, et que vous trouverez parfois davantage de plaisir dans un moment d’arrêt que dans des mouvements impressionnants. Alors, vous pourrez danser le silence, comme l’évoquait le grand, le regretté Carlos Gavito dans la citation au début de cet article.

À la fin d’une danse, je ne me rappelle plus quels pas ou figures j’ai effectués avec mon partenaire, mais comment je me suis sentie avec lui ou elle. Je me rappelle comment je ressentais l’abrazo et comment nous étions en connexion l’un l’autre et avec la musique. Je me rappelle également si je me suis sentie poussée, tirée ou balancée à gauche et à droite, ou mise devant l’obligation de courir après mon partenaire; je peux aussi me rappeler comment j’ai savouré chaque moment de chacun des pas, en partant de l’intensité de l’abrazo jusqu’à la poussée des orteils dans le plancher et à la caresse du pied libre au moment précis où nous le faisons glisser, en connivence avec l’autre et la musique.

Tout comme les musiciens qui marquent le temps avec le rythme, mais qui ajoutent plusieurs couches de mélodie entre chaque temps, donnant à une chanson son caractère distinctif, les danseurs ont avantage à porter plus d’attention à ce qui se passe entre chacun des pas : comment nous tenons notre partenaire, comment nous nous tenons nous-mêmes, comment nous nous déplaçons tout au long de nos pas. Est-ce que nous attendons ou si nous nous déplaçons? Rapidement ou lentement? Avec passion ou engouement? Restons à l’écoute, apprécions cet instant, rendons le conscient. Profitons de chacun de ces moments.